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NON AUX EAUX DE FRACTURATION

DANS NOS USINES D'ÉPURATION !


2 657 560 litres déversés à Huntingdon: Le maire de Huntingdon offre de fournir l’eau et le traitement des eaux usées à toute l’industrie du gaz de schiste

En novembre et décembre dernier, des camions citernes faisaient la queue à l’usine d’épuration de Huntingdon, pour y larguer 2 657 560 litres d'eau usée provenant de trois bassins de rétention exploités par Cambrian Energy à La Présentation, St-Barnabé et St- Hyacinthe.

On apprenait que la ville de Huntingdon avait conclu des contrats ou offert ses services à l'ensemble des compagnies d'exploitation des gaz de schiste au Québec, tant pour le traitement de leurs eaux usées que pour la fourniture d'énormes quantités d'eau fraiche en provenance de son usine de filtration d'eau potable. Le Ministère des affaires municipales (MAMROT) avait désigné 11 usines municipales d'épuration comme étant aptes à traiter de tels effluents, en se basant exclusivement sur le fait qu'elles disposaient de capacité de traitement excédentaire; seule Huntingdon a poursuivi cette voie.

Alertés, les citoyens de la région du Suroît ont mis sur pied un Comité de vigilance Gaz de Schiste dès janvier 2012 pour examiner les risques associés à cette entreprise. Appuyés par un collectif de scientifiques compétents et crédibles, nous faisons ici le point sur la situation après une première réflexion.



Les eaux usées des gaz de schiste: Un danger réel pour la santé et pour l'environnement

Chaque fracturation nécessite en moyenne quelque 12 millions de litres d'eau, additionnée de 1/2 à 1% de produits chimiques divers : bactéricides, réducteurs de friction, inhibiteurs de corrosion, surfactants, etc. Même dilués à 1%, ça fait des quantités considérables: environ 100 000 litres d'additifs chimiques par puits (6 à 10 fracturations par puits)1. Une part significative de cette eau remonte à la surface et doit être décontaminée avant d'être retournée dans la nature. Multipliez par 20 000 puits à venir, pour avoir une idée des quantités qui seront éventuellement rejetées lorsque l'industrie tournera à plein régime !

Les compagnies gazières ont été notablement cachotières quant à la composition de ces cocktails chimiques. Quelques listes partielles ont été publiées, mais c'est surtout grâce au travail patient de Mme T. Colborn2 qu'on a commencé à avoir une meilleure idée de leur contenu. (Récemment, plusieurs états américains ont exigé la publication des listes d'additifs chimiques... et l'on ne peut que constater que les inquiétudes soulevées étaient fondées.)

Sur les quelque 944 composés chimiques mentionnés dans diverses sources, 353 seulement étaient assez clairement identifiés (par leur numéro d'identification CAS du Chemical Abstract Service) pour se prêter à l'analyse de leur toxicité. Cette toxicité est établie selon les fiches signalétiques fournies par leurs producteurs, ainsi que selon les données établies dans la littérature scientifique. Si nous ne considérons ici que les contaminants solubles (les contaminants volatils s'étant sans doute évaporés dans les bassins de rétention), Colborn constate que quelque 90% de ces additifs ont des effets néfastes reconnus sur la peau, les yeux et les organes sensoriels, sur le système respiratoire et sur le système digestif; environ la moitié ont des effets néfastes sur le système nerveux, le système immunitaire, les reins, le système circulatoire ou le système hormonal; 20 à 30% ont des effets cancérogènes ou mutagènes reconnus. Certains peuvent être mortels ou nocifs pour l'environnement. Le tableau ci-dessous résume ces constatations.



(Tableau adapté de Colborn, o.c.)



Rappelons que les perturbateurs endocriniens (plus de 45% des contaminants identifiés) agissent même à des doses infinitésimales. D'autres substances toxiques peuvent avoir des effets qui ne se révèlent qu'à long terme, sinon à la génération suivante, ou encore, s'accumulent dans les tissus graisseux ou dans la chaîne alimentaire. La survie à court terme de quelques truites ou daphnies dans les eaux traitées de Huntingdon ne constitue pas une preuve rassurante.



L'usine de traitement des eaux usées de Huntingdon n'est pas équipée pour traiter les eaux de fracturation

Comme la plupart des usines de traitement d’eaux usées du Québec, celle de Huntingdon utilise la technologie des étangs aérés, le premier étant pourvu d’injecteurs d'air pulsé. En regard de la vocation industrielle de la ville, les étangs avaient été élargis pour recevoir des volumes additionnels.

‘‘… Ainsi pour les composés toxiques lentement ou non-biodégradables, les principales fonctions d’un procédé d’étangs aérés seraient d’accumuler des boues dans le fond et de diluer ces rejets…’’ (Yves Comeau professeur à l’École Polytechnique de Montréal et expert en traitement des eaux : courriel au Comité de vigilance du Suroît, janvier 2012)



Le Comité d'étude environnementale stratégique sur les gaz de schiste3 (ÉES) reconnaît lui-même, dans son plan de réalisation déposé récemment:

Une des pratiques actuelles consiste à faire traiter les eaux usées de fracturation par les organismes municipaux d’assainissement des eaux (OMAE). Or, il s’avère que les usines d’assainissement des eaux municipales sont conçues pour traiter la charge typique des eaux usées domestiques qui consiste surtout en des matières organiques. Elles ne sont pas conçues pour le traitement des eaux provenant de l’industrie du gaz de schiste qui sont chargées en solides totaux dissous (surtout des sels) et de produits pouvant nuire aux traitements utilisés dans les OMAE. De plus, en période de développement de l’industrie, les volumes d’eau à traiter et à gérer pourraient dépasser largement les capacités des usines municipales. (p. 33)

Les risques pour les eaux de surface et pour la nappe phréatique

L’histoire de la contamination des lagunes de Mercier nous enseigne la prudence

Sauf pour ce qui se déposera par décantation dans le fond des bassins, les contaminants solubles des eaux ainsi traitées passent donc tout droit dans les effluents de l'usine, qui sont rejetés dans la rivière Châteauguay. Une partie passera, par percolation lente des étangs ou par déversements accidentels, vers la nappe phréatique, qui dans les environs de l'usine d'épuration de Huntingdon est notoirement vulnérable (indices DRASTIC >100 en plusieurs endroits)4.

Les boues déposées au fond des bassins devront un jour prochain être évacuées. Selon les normes du gouvernement québécois, elles devraient être "revalorisées", c'est-à-dire épandues sur les terres agricoles comme matières résiduelles fertilisantes (MRF). On nous confirme en effet au MDDEP que ces boues seront jugées épandables, si elles sont conformes aux critères du Guide de valorisation en vigueur. Rien, dans ce guide, ne tient compte des contaminants nouveaux introduits par le traitement des eaux de fracturation. Ils s'additionneront donc à tous les autres contaminants déjà présents dans ces boues, pour s'ajouter à l'intoxication des terres et des eaux de nos campagnes.



Des règles floues et des contrôles inexistants de la part du gouvernement: Une porte ouverte aux désastres écologiques

Outre que la responsabilité respective des différents ministères (Ministère du développement durable, de l'environnement et des parcs; Ministère des affaires municipales, des régions et de l'organisation du territoire; Ministère des ressources naturelles et de la faune, and Ministère de la santé et des services sociaux) dans le suivi de l'exploitation des gaz de schiste demeure ambigüe, il n'existe pas de règles claires et contraignantes concernant l'usage et le maniement des substances toxiques présentant un risque pour la santé ou pour l'environnement.

Les contrôles exercés par les instances gouvernementales sont insuffisants, se bornant habituellement à donner suite à des incidents signalés ou à des plaintes de citoyens.



La fourniture d'eau fraîche à l'industrie des gaz de schiste: La rivière Châteauguay en péril

Si elle se développe vraiment selon les ambitions des gazières, quelque 20 000 puits seront forés et fracturés dans la vallée du Saint-Laurent au cours des années à venir. Pour assurer ces opérations, des quantités gigantesques d'eau fraîche seront requises, que ce soit de l'eau potable puisée à même la nappe phréatique ou produite par les usines de traitement d'eau, ou de l'eau prélevée sur les cours d'eau de surface. Ceci ne pourra pas se faire sans un impact important sur le système hydrique de la région.



En conclusion 

  • Parce que les usines municipales de traitement ne sont pas conçues pour éliminer les produits chimiques contenus dans les liquides de forage ou de fracturation utilisés par l'industrie des gaz de schistes;

  • parce que les eaux de fracturation ne sont pas traitées dans ces installations, mais seulement diluées et rejetées presque intégralement dans la rivière Châteauguay;

  • parce que ces produits toxiques dispersés dans l'air, dans les cours d'eau et dans le sol sont dommageables pour la santé des humains, de la faune et de la flore et ce, à court, à moyen ou à long terme;

  • parce que de tels déversements contreviennent aux Lois en vigueur au Québec



Nous demandons au gouvernement du Québec

  • de ne plus jamais autoriser de traitement des eaux de rejet de l'industrie des gaz de schiste par les usines de traitement municipales;

  • d’exiger de la ville de Huntingdon qu’elle procède à un traitement efficace des boues présentement accumulées dans ses bassins et contaminées par les produits de l'industrie des gaz de schiste;

  • d’interdire aux municipalités la captation d'eau potable pour subvenir aux besoins de l’industrie des gaz de schiste.



Pour plus d'informations:

On trouvera une liste plus substantielle de références concernant les problèmes liés à l'exploitation des gaz de schiste sur le site du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste, en ligne:
collectif-scientifique-gaz-de-schiste.com

La vigilance à l’égard de l’industrie des gaz de schiste au Québec est coordonnée par le Regroupement Interrégional Gaz de Schiste de la Vallée du St-Laurent. On trouvera toute l’information pertinente sur leur site web: http://www.regroupementgazdeschiste.com/

Pour contacter le Comité de vigilance Gaz de Schiste du Suroît, et pour recevoir nos mises à jour périodiques, adressez-vous à:  gazdeschistesuroit@hotmail.ca



Le Comité de vigilance Gaz de Schiste du Suroît,
The Suroit Shale Gas Watch Committee,

Avril 2012

 

Références:

1Institut national de santé publique du Québec, État des connaissances sur la relation entre les activités liées au gaz de schiste et la santé publique. Québec, novembre 2010.
En ligne : http://www.inspq.qc.ca/publications/notice.asp?E=p&NumPublication=1177

2Theo Colborn e.a., Natural gas operations from a public health perspective. The endocrine disruption exchange, Paonia, CO, USA.
En ligne: http://www.endocrinedisruption.com/files/GasManuscriptPreprintforweb12-5-11.pdf

3Comité d'étude environnementale stratégique sur le gaz de schiste, Plan de réalisation de l’étude, version finale. Québec, avril 2012.
En ligne:http://ees-gazdeschiste.gouv.qc.ca/wordpress/wp-content/uploads/2012/03/plan-realisation-final_avril-2012.pdf

4 Atlas du bassin versant de la rivière Châteauguay. Québec, 2006, Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. 64 p. En ligne: www.mddep.gouv.qc.ca/eau/atlas/chateauguay/index.htm

 

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